La règle nous permet de porter, passer ou botter le ballon, autrement dit nous pouvons jouer à la main ou au pied. Or, depuis la coupe du monde et plus récemment depuis le début de la saison, nous avons pu constater une évolution dans le jeu. L’utilisation de jeu au pied est plus fréquente.

Cette adaptation du jeu est la conséquence directe ou indirecte de l’application et d’interprétation de la règle. Un entraîneur se doit de maîtriser la règle pour déterminer comment il va pouvoir mettre en place son projet de jeu. Depuis cette saison, de nouvelles règles viennent d’être mises en place pour répondre à la problématique du jeu produit lors de la dernière coupe du monde où la solution pour avancer et marquer, se résumait à exercer une pression défensive permanente et une pression par du jeu au pied. Même s’il y a depuis peu un retour sensible vers du jeu de passes, la prééminence du jeu au pied reste encore importante. Dès lors, comment exploiter ce jeu au pied ? En quoi, le jeu au pied a pris une autre dimension dans le jeu ? Quelles sont les modifications dans les comportements collectifs et individuels ? Comment s’adapter à ce jeu au pied et savoir exploiter cette situation ? Comment les entraîneurs peuvent-ils prendre en compte ce changement pour préparer leurs joueurs?

Les interprétations et les règles expérimentales.

Dans une volonté de produire plus de jeu de mouvement et donc plus de spectacles, plusieurs règles expérimentales et un recadrage sur la règle portant sur la mêlée spontanée ont été mises en place visant à limiter les temps morts et les points d’arrêt du mouvement du ballon.

La première règle qui influe directement sur le jeu au pied et la récupération du ballon porte sur la règle de la « touche directe ». Cette règle stipule: « Si une équipe renvoie le ballon dans ses 22 mètres et que le ballon est ensuite botté directement en touche, il n’y a pas gain de terrain ». Cela veut dire que les équipes ne pourront plus passer ou jouer le ballon dans leurs 22 mètres puis botter directement en touche afin de gagner du terrain. Ainsi, il y a une difficulté plus grande pour stopper le jeu lorsque nous sommes près de l’en-but rendant compliqué de trouver une touche et nous obligeant à rendre le ballon au camp attaquant.

La Règle du Maul et sa règle expérimentale donnent la possibilité à l’équipe qui défend d’écrouler le maul. Elle limite par la même, la possibilité aux attaquants d’avancer avec le ballon, de concentrer les défenses et de créer des espaces.

De plus, l’application plus stricte de la règle de la mêlée spontanée* augmente le risque de perte de balle et rend plus compliquée la mise en place d’un projet de jeu basé sur la multiplication des phases de jeu qui passe par du jeu au sol. L’avantage à l’équipe qui défend est encore d’actualité.

Dès lors, jouer au pied reste encore un moyen d’avancer et de mettre de la pression sur l’adversaire par des chandelles. Le jeu au pied peut aussi être une stratégie d’attente (concept du jeu au pied « ping-pong »). Elle permet d’attendre la faute de l’adversaire et permet de trouver une opportunité de désordre dans le système défensif, le jeu à la main direct ne le permet plus.

Une situation et un constat temporaire ?

Comme nous allons le voir plus loin, jouer au pied va modifier le rapport de force sur le premier rideau. « Jouer au pied » contraint à alimenter les rideaux du champ profond et créera plus d’espace sur le premier rideau. Dès lors, avancer balle en main redeviendra plus facile ?

Le temps est le meilleur ami de l’entraîneur (mais peut-être pas pour l’entraîneur du TOP 14 !). Ces nouvelles règles valorisent de nouveaux comportements et de nouvelles intentions de jeu. Il faut dès lors modifier les comportements du joueur dans sa capacité à passer le ballon dans le contact, à mieux s’organiser dans le plaquage pour assurer une meilleure mise à disposition du ballon, ou à améliorer la gestion du défi individuel par exemple. Ce changement est en train de s’opérer petit à petit.

Conséquences sur le jeu de récupération et nouvelle donne sur les rideaux défensifs.

 

Quelles sont les solutions possibles pour s’organiser après un jeu au pied ? Trois pistes de travail et de réflexions sont possibles.

  • Tout d’abord, il faut dès l’instant insister sur la prise en compte permanente de la possibilité qu’il puisse y avoir un jeu au pied. Cela semble évident mais cette prise en compte permet à chaque joueur de plus vite réagir et mieux appliquer ce qui va suivre.
  • Il faut de plus, repenser l’organisation des rideaux défensifs dans leur distribution et dans sa redistribution. Le deuxième et le troisième rideau doivent être plus conséquents et plus fournis. Cette répartition entre les rideaux doit aussi prendre en compte la situation sur le terrain, selon si l’on est près de la ligne adverse, de la ligne des 22 mètres adverse ou dans son camp. Dans les camps adverses, le jeu au pied risque d’être plus long, permettant ainsi une récupération dans le champ profond. Le troisième rideau risque d’être plus sollicité. Plus proche de nos lignes, le jeu au pied risque d’être plus axé sur la pression, par un jeu au pied plus haut et moins loin. Le second rideau sera plus sollicité.
  • Enfin, il est primordial que renforcer les notions de polyvalence et de suppléance. Les séquences de jeu étant plus longues, l’organisation collective ne s’appuiera pas nécessairement sur un schéma classique. Chaque joueur devra donc être en capacité de changer de ligne et de réceptionner les ballons. Ou bien, de remplacer un joueur à un poste qui n’est pas le sien.

Les solutions possibles pour organiser le jeu après un « jeu au pied ».

Les objectifs à la suite d’un jeu au pied seront de :

  • Récupérer le ballon dans le champ profond et contre attaquer.
  • Récupérer le ballon et conserver sur un jeu au pied de pression.
La notion d’électron libre.

Le changement permanent entre les rideaux peut se baser sur des joueurs capables d’analyser et d’anticiper. L’axe 8-9-10-15 est une épine dorsale importante. Il y aura :

  • Une intervention plus fréquente du N°8 dans le champ profond.. Il apportera plus de puissance dans la remontée du ballon.
  • Une intervention plus fréquente du N° 10 dans le champ profond.. Ses qualités de jeu au pied contribuent à inverser la pression
  • Une couverture et un passage du 2° au 3° rideau du numéro 9 (habituellement placé dans de 2° rideau et organisant le 1° rideau par la voie).
  • Permutation entre les 10 et 15 suite à un jeu au pied du 10.
  • Prise compte de la situation sur le terrain pour se répartir dans les rideaux selon la proximité dans la ligne de but.
  • Décrochage plus facile et plus nombreux si l’on se trouve près de la ligne de but adverse. (8/9/10 notamment)
Un renforcement de la communication.

Cette nouvelle répartition des rideaux oblige au 1° rideau de remplir la même mission avec par moment quelques joueurs en moins. D’où la nécessité de plus communiquer pour améliorer l’organisation collective. La notion de suppléance entre les N° 11-14-15 est plus forte. Il est nécessaire de renforcer la communication entre eux.

Individuellement.

Il est enfin capital de renforcer certaines capacités individuelles sur l’ensemble des joueurs, comme:

  • Renforcer les capacités techniques sur la réception. (Balles hautes, grand espace, lecture de trajectoire et anticipation)
  • Renforcer les capacités techniques et mentales dans la lutte en l’air.

Exemple  d’objectif de travail nécessaire à fournir:

Travail sur l’organisation défensive du 1°rideau.

> Capacité à maintenir un rideau organisé malgré une nouvelle répartition ou à la suite de jeu au pied successif.

Travail technique portant sur la réception  et la lutte dans les airs.

> Réceptionner et contre attaquer. Lutter dans les airs et conserver.

Travail tactique dans le mouvement général.

> Contre-attaquer à partir des champs profonds (2° ou 3° rideau). Se redistribuer et alimenter les rideaux. Se distribuer à partir de la conquête en tenant compte de la situation sur le terrain.

CANITROT Philippe Responsable sportif du Centre de Formation du CO

Comme nous l’avons vu, les règles visent à favoriser le jeu offensif. Fort de ce constat, pourquoi alors ne voit-on pas encore des essais issus de contre-attaque ?
D’une part, tout changement demande adaptation. Il faut laisser le temps aux joueurs et aux entraîneurs de trouver leurs repères offensifs dans cette situation.
D’autre part, il semble qu’il soit encore difficile de faire appliquer une essentielle et nécessaire, celle du hors dans le jeu courant. Le strict respect de la remise en jeu des joueurs hors jeu est un point capital.
Il est donc important que les joueurs appliquent et les arbitres fassent appliquer cette règle. Sans quoi, toutes volontés offensives seront réduites à néant. Une règle expérimentale qui pourrait contribuer à cette mise en application serait celle de l’arbitre assistant qui pourrait aider l’arbitre de champs.