1ère MI-TEMPS

Une entame de match peu convaincante, mais loin d’être stressante.

Certains trouveront toutes les raisons du monde pour expliquer un 10 à 0 au bout de 27 minutes de jeu. On peut tout à fait parler de volonté écossaise, de valeurs et  de combativités supérieures. Mais on peut aussi parler des quelques semaines sans jouer par plus des 50% des titulaires à l’entame de ce match ÉCOSSE – FRANCE.

La meilleure des préparations est la mise en situation  réelle d’opposition. Le report du Match France-Irlande a certainement contrarié le groupe.

Une défense aléatoire et peu agressive.

Les difficultés de la défense française, au cours des 10 premières minutes, donnent le ton de notre première mi-temps. Concernant les plaquages, 10 sur 33 dans des situations de duel défensif ont été manqués du coup d’envoi à l’essai du « chardon ardant ». Le manque d’agressivité de la défense française a permis aux Écossais; soit d’avancer et de dynamiser toutes leurs transformations de jeu, soit de passer les bras dans la défense pour favoriser la continuité du jeu.

L’essai de HOGG…

Lors de cet essai, il existe un surnombre défensif français, après une libération sur le ruck très lente. On est dans une situation favorable, de plus la transmission  est ratée entre 9 et 10, mais le pressing défensif n’est pas suffisant pour gêner le N°10. On se retrouve avec « une défense en escalier » entre POUX et PAPE, de plus,  placé côté opposé au sens du jeu. MAS n’est pas monté en pression pour fermer les retours. Suite à la prise d’initiative de LAIDLAW, ROUGERIE vient défendre  en montant en pointe alors qu’il a du monde sur les intérieurs : DUSAUTOIR et MALZIEU. Le plaquage ne permettant pas d’arrêter la course du ballon, on a un décalage en bord de touche et c’est l’essai de HOGG.

Des duels manqués

Un autre exemple de nos difficultés en défense, lors de  la 1ère période, le lancement réalisé par les écossais à la 31ème minute montre la fébrilité des joueurs et les conséquences lorsque les plaquages sont subis ou manqués. Ainsi, les hommes de LAIDLAW attaquent sur une mêlée fermée avec un jeu en deux vagues, une redoublée et beaucoup de profondeur, faisant reculer le ballon sur plusieurs mètres. Même si la défense française contrôle bien son sujet en s’aidant de la touche et en gagnant la ligne d’avantage, le jeu en duel positif de HOGG sur ROUGERIE permet de remettre les joueurs du Chardon dans l’avancer. On passe ainsi d’une situation de dominant à dominé. Même si ce n’est qu’un exemple, et que certains joueurs tel que FOFANA ou encore DUSAUTOIR ont réalisé des plaquages Homme / Homme de grandes qualités, ce point aura été un déficit, et une des causes de la domination des adversaires lors de la première période.

Une offensive tardive

Sur le plan offensif, nous avons eu du mal à entrer dans le match. À l’image de joueur tel que SZARZEWSKI ou encore HARINORDOQUY (16’00 et 35’00), nous avons manqué de   puissance à l’impact, nous avons  subi et le jeu dans la défense a rarement gagné la ligne d’avantage, notamment sur nos relances de jeu retardé. Ajouté à cela, un manque de cohérence dans les choix de jeu entre 9 – 10 et des soutiens offensifs pas assez efficaces dans les zones d’affrontement (18’00 ; 19’00 et 26’00),  vous obtenez ainsi une première période nourrie de perte de balle, et d’incapacité à avancer face à une défense inversée très efficace, un combat en zone 0 produit avec plus d’envie, et enfin un conteste dans les rucks à tous les instants.

Des qualités remarquées en  début de match

Pourtant, malgré un 10 à 0 infligé en un ¼ d’heure, l’équipe de France termine cette première mi-temps sur un score de parité, on a su mettre en danger l’équipe adverse, soit par la qualité individuelle de nos joueurs, la domination de la mêlée fermée, ou encore la capacité à mettre de la vitesse à des moments clés. L’essai, ou encore les 3 points marqués, en sont l’exemple le plus parlant.

Sur l’essai, les français ont su corriger les maladresses commises lors de leur début de rencontre. Malgré un mauvais lancer en touche, POUX remet de l’avancer en dominant son vis-à-vis dans le duel Homme-Homme, suivit par le N°2 et le N°7. La différence se fait dans la prise d’initiative de notre chef d’orchestre TRINH DUC sur un jeu en duel au contact,  il prend le dessus sur son vis-à-vis, attirant le numéro 12 écossais qui est obligé sur le franchissement de se resserrer, l’efficacité du soutien offensif de ROUGERIE,  sur la  mêlée spontanée, et la vitesse de transmission de PARRA ne permettent pas à la défense aux « chardons » de se redistribuer sur le 1er rideau, ainsi on a un surnombre offensif à 4 contre 2 , avec la venue de CLERC dans la ligne en position de 10.

LAMONT est obligé de défendre en pointe, mais la profondeur de notre 10 de substitution lui permet de faire une passe sur un pas, FOFANA, dans son registre de puissance, vient attaquer la ligne avec sa course inversée, lui permettant ainsi de venir jouer dans l’intervalle créer par le 13 écossais. Le franchissement est magnifique, et l’essai inévitable (27’57). On sait maintenant ce qu’il faut faire, il faut attaquer cette défense avec de l’application dans la conservation, des libérations rapides et  de la vitesse dans les transmissions pour dominer l’adversaire.

La mise en marche « en avant » de la mêlée française

Les français ont mis la marche  « avant » en mêlée poussant les écossais à la faute, les 3 points supplémentaires permettent de revenir à hauteur des hommes de BLAIR. Enfin, on retrouve une séquence (39’41) significative du potentiel offensif, avec une très bonne utilisation de la largeur, des joueurs en menace sur une première vague permettant de contourner cette défense inversée, et des situations de duel réalisées dans l’avancée, accélérant ainsi les relances de PARRA. Cette multiplication de temps de jeu, débutée dans nos 22 m, amènera une pénalité dans les 40m adverses qui aurait pu permettre aux bleus de passer devant au score.

Ainsi, c’est à chaque accélération du jeu, à chaque temps de jeu consécutif à une avancée que l’équipe de Philippe SAINT-ANDRÉ franchit la défense et se trouve en situation de marquer des points. Le retour aux vestiaires aura pour objectif de corriger les 12 pertes de balle dans le jeu courant, les 4 ballons mal négociés en touche sur 6 et surtout les 28 plaquages manqués sur 77 tentés.

 

2ème MI-TEMPS

Retour des vestiaires, la configuration du match paraît être toujours la même. Les français sont dominés dans les phases de plaquage, et dans le jeu en duel, les pertes de balle se succèdent pour favoriser les contre-attaques écossaises. Ils ont la capacité à tenir le ballon, à enchaîner les temps de jeu, à varier entre jeu dans la défense, jeu déployé et jeu pénétrant.

Pourtant, la copie rendue par les hommes de Thierry DUSAUTOIR est loin d’être négative. Pour exemple, la 43ème minute nous démontre tout le potentiel de cette équipe lorsqu’elle est appliquée, concentrée et qu’elle domine son vis-à-vis dans le combat. Ainsi, avec une séquence de jeu à l’initiative des français de 2’37, la charnière tricolore amène de la variété dans les relances de jeu, les avants reprennent l’axe avec beaucoup d’agressivité, les trois-quarts travaillent leur adversaire en utilisant leur vitesse et leurs appuis sur la largeur du terrain, les menaces extérieures et profondes pèsent sur la défense adverse et la conservation est le point clé pour pousser les « chardons » , sous pression, à la faute : 3 points sur une pénalité de Morgan PARRA.

Des changements s’opèrent à la fois sur les phases conquêtes et dans le jeu courant, une démonstration de force de la part des hommes de Yannick BRU dans le secteur de la mêlée fermée permet aux bleus de se sortir souvent de la pression, et aussi de marquer des points à des moments de domination écossaise (53’47). Les avants français contestent dans les rucks, récupérant ainsi énormément de ballons et annulant par la même occasion les offensives des hommes d’Andy ROBINSON (48’10 – 63’18 – 65’38).

Mais le score n’évolue pas , sur le plan des chiffres, la possession est clairement à l’avantage de l’adversaire mais notre ligne de but n’a pas pour autant subi les assauts du Chardon.

Le salut de l’Ecosse passera donc par des erreurs de conservation et des pertes de balle sur des mauvais choix de jeu offensif comme ce lancement sur touche, pas du tout adapté au style de défense proposé par l’équipe adverse. TRINH DUC attaque la ligne pour amorcer une passe dans le dos de ROUGERIE, destiné à FOFANA qui a une course fuyante sur la profondeur, la défense du centre écossais anticipe et coupe l’extérieur. Le plaquage en pression permet de mettre les soutiens défensifs dans l’avancé, alors que les bleus ne comptent qu’un joueur en soutient, le numéro 12 français. Le ballon est perdu. S’en suit un jeu au pied de DE LUCA, une contre-attaque approximative de Vincent CLERC, des soutiens au porteur de balle amorphe, redonnant l’avantage à nos concurrents, faisant de leur opportunisme un jeu en deux passes qui finira derrière les poteaux. Et même si la récupération de Barclay peut paraître litigieuse, la marque résulte de 2 pertes de balle successives des français.

Concernant la récupération de balle sur le ruck à l’initiative du numéro 14 français, la troisième ligne aile écossaise, en situation de plaqueur, se relève et joue le ballon. À ce moment-là, il n’y a pas de ruck car les soutiens offensifs n’ont aucun opposant. Le plaqueur peut donc se relever et ramasser le ballon dans le même temps.

Force de caractère et capacité à réagir dans les moments difficiles, l’équipe de France reprend de suite le dessus sur son adversaire. Plus précise dans son jeu, plus physique dans le contact, elle arrive à nouveau à dominer, à l’image de la récupération de MAS, suite à un excellent soutien défensif de TRINH DUC. Dans le sillage de ROUGERIE qui domine son duel en favorisant la continuité du jeu, c’est PAPE qui reprend l’axe du terrain très bien soutenu par SERVAT. Les hommes de DE LUCA sont dépassés dans le replacement, tout comme lors de l’essai français en première période. Pourtant, le placement des joueurs tricolores ne permet pas de jouer un surnombre sur les extérieurs. Il faudra tout le potentiel de MALZIEU à la fois sur le plan physique pour se débarrasser de son adversaire direct mais aussi technique pour jouer un retour intérieur avec Médard qui finit en terre promise. Grâce à cet essai (59’00), les hommes de Philippe SAINT-ANDRÉ ne laissent pas le temps à leurs adversaires de prendre confiance en eux en reprenant de suite le score.

La suite du match sera partagée entre la domination des Écossais au niveau de la possession du ballon, et de la démonstration des bleus en mêlée fermée, ou encore sur les mêlées spontanées, récupérant ainsi beaucoup de ballons dans le jeu courant.

Constat mitigé, même si l’on n’a jamais senti que les hommes d’Andy ROBINSON avaient la main mise sur le match, ils ont tout de même su mettre à mal les français. Dans ce contexte, on notera un grand nombre de plaquages manqués (43) qui a permis à nos adversaires d’enchaîner le jeu. Il faudra aussi sans doute améliorer la conquête touche qui a failli nous couter cher en première période.

Pour autant, le staff tricolore peut s’appuyer sur certains secteurs positifs. On a vu un groupe solidaire, capable de faire face à la difficulté sans pour autant montrer des signes de panique, ou des fragilités dans la communication entre joueurs. On a vu des guerriers en capacité de prendre des décisions réfléchies, comme lorsque notre capitaine exemplaire décide d’aller en touche, alors que la décision du banc était les 3 points. C’est d’ailleurs cette  même décision qui amènera l’essai de FOFANA en première période. Deuxième axe validé, la mêlée fermée qui a été sans nul doute une phase prédominante de la victoire des français, tant les ballons récupérés ou encore les pénalités concédées nous ont permis de se sortir de la pression adverse.

Pour finir, et ce sera sans doute les attentes de beaucoup de spécialistes lors de la prochaine rencontre. Le système offensif n’est pas encore tout à fait huilé. Des incohérences dans les replacements ou des choix de course inadaptés à la défense proposée par nos adversaires, sont à pointer du doigt. Des jeux en duel souvent isolés des soutiens offensifs sont eux aussi dues à un manque de pratique du projet de jeu et devraient être le point d’accroche dans le discours de notre sélectionneur lors de la rencontre FRANCE – IRLANDE.